Publication de “Carrefour de Nuit” En Format Livre de Poche

Carrefour de Nuit” est enfin disponible en version imprimée. Ce n’est plus un livre virtuel disponible uniquement sur Internet. C’est à présent un ouvrage de chair et de sang, pardon, de papier et de colle, bref, un livre tangible bientôt disponible dans les librairies et les bibliothèques.  

Depuis 2012, Carrefour de Nuit a été publié aux Éditions Edilivre en France, mais c’était jusque-là un livre électronique. Le livre n’était pas imprimé car il s’agissait alors de tenter l’expérience “E-book” ou “Kindle” afin de voir comment les lecteurs y répondraient. L’expérience n’a pas été tout à fait concluante car la plupart des bibliophiles montrent un intérêt marqué pour le livre papier, l’imprimé, le livre de poche. Ils préfèrent l’objet physique au virtuel, l’odeur des pages à la froideur de l’écran du téléphone, de la liseuse ou de l’ordinateur.

Bien sûr, le livre électronique fait son petit bonhomme de chemin et compte de nombreux adeptes (dont certains hébergent une bibliothèque virtuelle sur leur téléphone) ; toutefois, il faut admettre que dans la communauté haïtienne, l’électronique, tant en Haïti qu’en Diaspora, ne fait pas encore l’unanimité. C’est dans cette optique qu’il a été décidé d’imprimer “Carrefour de Nuit” au printemps 2020. Le livre est actuellement disponible sur la plateforme mondiale Amazon et bientôt dans diverses librairies et bibliothèques tant aux États-Unis qu’en Haïti.

L’Edition 2020 de « Carrefour de Nuit » a été revue, corrigée et augmentée. Nous reproduisons ici la préface du livre:

EN GUISE DE PREFACE

Carrefour de Nuit a été publié pour la première fois en novembre 2012 aux Editions Edilivre en France. Ce fut la première édition de ce recueil qui a mûri sous ma plume durant des années. C’était le premier ouvrage que j’avais sorti à titre personnel après avoir publié bon nombre de textes dans des anthologies de poésie, que ce soit en Haïti, en France, aux États-Unis ou au Canada.

A vrai dire, j’avais hésité à publier un recueil de poèmes, car j’avais vu beaucoup de jeunes auteurs le faire sur un coup de tête pour ensuite disparaitre au milieu de critiques acerbes. Je ne voulais pas en faire partie. En parlant de critiques, je me souviens que le premier texte que j’ai publié au journal Le Nouvelliste était pour prendre la défense d’un jeune poète qui s’était fait descendre en flammes par les critiques littéraires du quotidien haïtien. Mon ami Evains Wêche et moi, nous étions si offusqués par l’article que nous avions cru nécessaire de donner une réponse car, à travers la critique virulente du jeune auteur, c’était toute une génération de nouveaux poètes qu’on ridiculisait, la nôtre. Nous avions cru nécessaire de défendre cette génération-là. Heureusement, le journal avait accepté de publier notre réponse. Ce fut nos premières heures de gloire en tant que poète et écrivain.

J’allais connaitre d’autres succès en étant l’un des gagnants d’un concours de poésie organisé par l’École Normale Supérieure de Port-au-Prince. J’étais ensuite devenu l’un des animateurs de l’Atelier de Création Marcel Gilbert de la Bibliothèque Justin Lhérisson de Carrefour. Dans cet atelier de création et d’apprentissage littéraire et artistique, nous lisions chaque samedi les œuvres de grands auteurs, nous analysions leurs textes, les décortiquions. Nous composions nos propres poèmes en nous inspirant de tableaux de grands peintres tels que Dieudonné Cédor, Préfète Duffaut etc. J’étais plongé dans l’univers des mots, des images, de la littérature et de l’art. Les mots étaient devenus mon monde. Les mots, à proprement parler, allaient m’ouvrir bien d’autres horizons. Ils m’ont permis notamment d’aller au Canada en l’an 2000 pour participer à un concours international. Il s’agissait de la fameuse « Dictée des Amériques », un concours d’orthographe auquel participe chaque année des milliers de francophones du monde entier. J’avais le privilège de représenter mon pays Haïti. De ce voyage, j’ai gagné de la fierté et un beau dictionnaire (encore des mots). A mon retour du Canada, j’ai continué à produire, à écrire des poèmes et des nouvelles, mais jamais publié.

La prudence, ainsi que d’autres facteurs, m’ont retenu de publier un recueil de poèmes. Mais finalement, en 2012, je me suis décidé à franchir le pas et Carrefour de Nuit était né. A travers ce recueil, j’évoque mon pays Haïti, l’amour, l’espoir, les désillusions, avec parfois un brin d’humour et de fantaisie, en utilisant des mots simples pour composer des images fortes. Le titre du livre est un hommage à mon quartier, Carrefour, où j’ai passé pratiquement toute ma vie, où j’ai fait de belles rencontres, où j’ai connu la poésie, l’amour, l’amitié. Plusieurs recueils du poème font référence à Carrefour, mais la thématique du livre est beaucoup plus vaste.

Carrefour de Nuit est recueil diversifié. Plusieurs courants littéraires traversent cette œuvre qui se veut éclectique. L’ouvrage contient à la fois des poèmes, des nouvelles, des récits et des parodies un peu à la manière du grand et populaire poète français Jacques Prévert dont je suis un adepte. C’est pourquoi j’essaie dans ce recueil d’allier la poésie à l’humour. Je crois en l’humour de la poésie, ou la poésie du rire, c’est selon. L’exemple par ce texte qui est un détournement des célèbres vers de Corneille dans le Cid :

« Pour grands que soient les rois

Ils sont ce que nous sommes

Contraints comme tout homme

De vider leur rectum »

Tout comme mon modèle, j’essaie dans la mesure du possible de cultiver la simplicité afin d’être accessible à un large public sans toutefois sacrifier l’esthétique. Je ne suis pas de ceux qui croient que plus on est hermétique, plus on est un bon poète. La preuve par ces vers :

« Le jour se lève

Et la nuit part

D’un bel éclat de rire »

Ou encore

« Dans ce vaste monde

Il n’y a pas le jour

Il n’y a pas la nuit

Les années

Les saisons

Les siècles

Dans ce vaste monde

Il n’y a que toi

Il n’y a que moi

Il n’y a que nous

Dans la fraîche blessure du présent ».

A vrai dire, mon parcours poétique a commencé dans la simplicité, par la lecture de Prévert (Paroles) et d’Eluard (Liberté). J’ai bien entendu poussé mes recherches en matière de poésie, j’ai lu, j’ai étudié les diverses écoles de pensée. J’ai découvert l’école surréaliste à l’Atelier de Création Marcel Gilbert et nous avions pratiqué l’écriture automatique. J’ai découvert la magie des mots, la force des images, j’ai appris à libérer ma poésie de certaines contraintes, mais est demeuré le souci d’être toujours accessible, lisible. Je dois reconnaitre aussi l’influence de mes modèles haïtiens : Felix Morisseau Leroy, Jean-Claude Martineau, Georges Castera, Anthony Phelps etc.

En 2020, j’ai décidé de publier une nouvelle édition de Carrefour de Nuit. Celle-ci se veut plus cosmopolite, compte tenu de ma nouvelle situation d’immigré qui vit dans un monde pluriel. La nouvelle édition est notamment en trois langues : français, créole et anglais. Dans mes textes en prose (nouvelles) sont décrits des situations et des personnages de mon pays d’accueil. Il y a aussi cette volonté de toucher un public qui n’est pas uniquement francophone mais aussi créolophone et anglophone.

Ce qu’il est important de noter dans ce recueil est qu’il a traversé au moins deux décennies et tient compte des divers évènements qui s’y sont produits. C’est pourquoi je prends le soin de dater certains textes afin de les contextualiser. Certains récits renvoient aux années Aristide que j’ai vécues; ils traduisent mes frustrations de cette période de notre histoire. D’autres font allusion au séisme du 12 janvier 2010 qui a durement frappé Haïti (Et Voilà). L’un de mes poèmes (Yon pa, yon pon) évoque le scandale financier Petrocaribe (2016-2019), soit les milliards de dollars d’aide qui étaient censés développer Haïti mais qui furent dilapidés par les dirigeants haïtiens. J’ai pris également le soin d’inclure des poèmes faisant référence à la pandémie sévissant dans le monde au Printemps 2020 et confinant l’humanité au silence de la pierre. Mais « Ce n’est pas la fin du monde ». Ce n’est pas la fin de la poésie, de l’amour, de la vie, de l’humain.

Jonel Juste

Mars 2020, Miami

 

 

Author: jjuste02

Journalist, Communication Specialist, Social Media Marketer, blogger, writer, etc.

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