Par Jonel Juste

Dans Superman (2025) réalisé par James Gunn, les spectateurs qui s’attendent au spectacle habituel de combats et de voltige pourraient être surpris par une force plus discrète qui façonne l’intrigue : le journalisme. Non pas simplement une profession ou un décor, le journalisme est présenté comme l’un des héros essentiels du film, au même titre que les guerriers cosmiques. Il joue un rôle aussi vital et décisif que Superman, Mister Terrific, Green Lantern ou Metamorpho.
Dès les premières scènes, James Gunn place le Daily Planet au cœur du moteur moral et narratif du film. Clark Kent n’y fait pas seulement acte de présence : il y travaille avec conviction. Il n’est d’ailleurs pas seul. Lois Lane se montre plus incisive que jamais, confrontant Superman à des questions qu’il ne peut éluder. C’est par le journalisme que la vérité éclate, mettant au jour la campagne sophistiquée de désinformation orchestrée par Lex Luthor pour discréditer Superman.
À la fin du film, alors qu’une partie de l’équipe du Daily Planet se trouve à bord du T‑Craft, l’aéronef high-tech de Mister Terrific, Jimmy Olsen publie en plein vol un article explosif révélant les manipulations de Luthor et retournant l’opinion publique contre lui. Ce moment symbolique illustre la puissance du journalisme allié à la technologie. Le journalisme, ce superhéros, porte un à Lex Luthor un coup plus redoutable que les poings de Superman.
Dans ce contexte, le journalisme devient plus qu’un simple outil narratif. C’est l’arène où les idées sont testées et exposées, où l’information circule plus vite que les coups, et où les réputations montent ou s’effondrent selon la force d’un article. Luthor, fidèle à lui-même, utilise la télévision et les réseaux sociaux pour présenter Superman comme une menace. Les journalistes ripostent, non avec des pouvoirs surnaturels, mais avec des faits vérifiés, une urgence éthique et un engagement envers la responsabilité publique.
Ce n’est pas nouveau que Clark Kent soit journaliste, mais il est rare que le journalisme joue un rôle aussi actif et héroïque. Dans les précédents films de Superman, le Daily Planet était souvent traité comme un décor comique ou un espace de flirt. Ici, il devient un champ de bataille. Non pas contre des armées extraterrestres ou des monstres mutants, mais contre la propagande, la désinformation et les manipulations.
La portée réelle d’un tel portrait ne peut être ignorée. À une époque où la confiance envers les médias est fracturée et où la désinformation se propage plus vite que les journalistes ne peuvent la contrecarrer, Superman (2025) offre un rappel audacieux et opportun : la presse a toujours son importance. Non comme bruit de fond, mais comme l’une des institutions capables de sauver la situation.
Les critiques ne s’y sont pas trompés. Un article de Vulture l’a qualifié de « très bon film sur le journalisme » et a souligné le rôle crucial de la salle de rédaction du Daily Planet dans le troisième acte. D’autres ont salué l’inclusion des médias comme un personnage à part entière, influençant l’opinion publique et provoquant des conséquences réelles dans l’univers fictif.
En traitant le journalisme comme un super-héros, non pas doté de pouvoirs, mais de courage et d’impact, Superman (2025) rejoint la lignée des films qui redéfinissent les figures capables de sauver le monde. Tout comme Mister Terrific s’appuie sur l’intelligence et l’innovation, ou Green Lantern sur la volonté et l’imagination, les journalistes du film s’appuient sur les questions, la clarté et l’intégrité.